
Créer de l’émotion pour déclencher l’action
Quand la communication se fait mouvement
Créer de l’émotion, ce n’est pas saupoudrer un discours de pathos pour le rendre plus « touchant ». C’est concevoir chaque mot, chaque image, chaque silence comme une clé d’entrée vers quelque chose de plus profond : une prise de conscience, un basculement, un passage à l’action.
Et si l’on en croit les neurosciences cognitives, ce n’est pas une option. C’est une nécessité.
L’émotion, ce déclencheur oublié
Longtemps, on a pensé que l’action naissait d’un raisonnement. Qu’il fallait convaincre pour faire bouger. Mais Antonio Damasio nous l’a rappelé dans L’erreur de Descartes :
« Nous ne sommes pas des êtres rationnels guidés par nos émotions, mais des êtres émotionnels qui raisonnent. »
Déclencher l’émotion :
entre science et justesse
Créer une émotion, ce n’est pas agiter des leviers au hasard. C’est activer, avec finesse, les bons canaux — ceux qui parlent au corps, au cœur et à l’esprit
La voix : un vecteur d’incarnation
La voix humaine active instantanément des zones cérébrales liées à l’empathie. Lorsqu’elle est chaude, posée, incarnée, elle crée un lien presque organique avec celui qui écoute.
Mais dans un contexte purement écrit, cette voix doit être traduite, transposée. Par le rythme, l’oralité du style, la tonalité affective. Tout l’enjeu est de faire « entendre » une voix dans le silence d’un texte. Et cela suppose une véritable maîtrise de l’écriture.
L’image : frapper juste, sans heurter
Une image peut tout dire. Elle va 60 000 fois plus vite qu’un mot pour frapper l’amygdale, cette sentinelle émotionnelle de notre cerveau. Elle touche avant qu’on ait eu le temps de penser.
Mais attention à ne pas surjouer. Trop d’images violentes ou moralisatrices créent l’effet inverse : on se ferme. On détourne le regard. L’image doit s’inscrire dans une narration, venir illustrer sans manipuler. Dire sans forcer.
La musique : celle qui nous traverse
La musique touche là où les mots parfois s’arrêtent. Elle agit directement sur notre système limbique, capable d’éveiller des émotions profondes, de marquer une mémoire, d’installer un climat.
Mais elle reste contextuelle. Mal choisie, elle dissonne. Trop appuyée, elle dessert. Elle doit dialoguer avec le ton, la voix, le récit. Et quand elle est absente — dans un support écrit, par exemple —, elle peut être évoquée autrement : par le rythme, les sons, les mots.

Fierté, peur, indignation : les émotions motrices
Certaines émotions ont le pouvoir de faire bouger les lignes. La fierté d’agir. L’indignation face à l’injustice. La peur d’un futur incertain.
Ces émotions sociales et morales sont puissantes car elles nous connectent à notre besoin d’appartenance, de statut, de contrôle. Mais elles doivent être justes. Incarnées. Sinon, elles sonnent creux. Ou pire : elles manipulent.
Créer de la fierté sans fondement, c’est trahir la confiance. Brandir l’indignation sans vérité, c’est décrédibiliser le propos. Ce type d’émotion ne fonctionne que si elle repose sur un récit sincère, aligné avec les valeurs qu’il prétend porter.
Sans cognition, l’émotion n’est qu’un artifice
C’est là que tout se joue. L’émotion brute peut séduire. Elle peut marquer. Mais seule, elle ne transforme pas. Elle doit porter du sens. Une cause. Une promesse crédible.
L’efficacité émotionnelle ne tient donc pas seulement à la forme — voix, image, ton — mais à la résonance entre cette forme et un fond solide. Une proposition de valeur claire, utile, vraie.
Créer l’émotion juste, pour l’action juste
Créer de l’émotion, ce n’est pas une coquetterie créative. C’est une responsabilité. C’est choisir avec précision les leviers sensoriels et cognitifs qui déclenchent un mouvement réel, durable, aligné.
Cela demande :
Une connaissance fine des mécanismes émotionnels ;
Une vraie maîtrise des codes sensoriels ;
Un récit qui repose sur une vérité, pas une injonction.
Parce que lorsqu’elle est bien conçue, bien posée, bien incarnée, l’émotion ne fait pas que toucher.
Elle embarque. Elle engage. Elle transforme.

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